Livres extraordinaires qui ont changé ma vie

Revue du livre Twisted d’Emma Dabiri

Twisted parle de l’esclavage, de la liberté, de la place de la femme noire dans la société, de la résilience des esclaves et de leurs descendants, de leur honneur, de leur dignité, de leur force.
Revue du livre Twisted d’Emma Dabiri

Twisted est un livre sur les cheveux des femmes noires. Pourquoi lire ce livre ? Car Twisted parle de bien plus que des cheveux. Twisted parle de l’esclavage, de la liberté, de la place de la femme noire dans la société, de la résilience des esclaves et de leurs descendants, de leur honneur, de leur dignité, de leur force. Personne ne pourra forcer un cheveu crépu à pousser vers le bas. Et tant mieux. Il poussera toujours vers le haut, et j’espère qu’avec cette revue nous élèverons notre conscience vers le haut également mon amie ma soeur.

Voici les dix pépites que je retiens du beau livre de l’auteure aux origines nigérienne et irlandaise : Emma Dabiri. Les traductions sont les miennes.

1. Abandonner le contrôle sur le corps des femmes

Emma Dabiri partage son parcours depuis l’enfance. L’idée est toujours présente selon laquelle il faut “gérer” sa chevelure. Cela me fait penser à cette tendance générale de contrôle sur le corps des femmes. Ainsi, Twisted me donne envie de reprendre le pouvoir sur mon corps. Sincèrement mon amie ma soeur, quelle injustice pour les femmes aux cheveux crépus : “Quel autre groupe de femmes sur terre devrait transformer si radicalement ses traits simplement pour s’intégrer ?” demande Emma Dabiri.

Revue du livre Twisted d’Emma Dabiri

Le contrôle sur les femmes et le mépris de certaines mon amie ma soeur. Comment se fait-il que les femmes à la peau plus foncée que d’autres soient perçues comme moins jolies ? Emma Dabiri l’écrit clairement : “Le colorisme dans les communautés noires est le produit de l’esclavage et du colonialisme”.

D’ailleurs, le terme “noir” n’est pas vraiment la description d’une nuance de couleur de peau, mais le reflet d’une idéologie. Or Emma Dabiri décortique bien comment en réalité les cheveux crépus ou non sont l’unique façon de classer une personne comme “noir”. Certaines personnes à la peau très foncée mais aux cheveux lisses ne subiront pas le même racisme. Les cheveux crépus sont vraiment politiques.

2. Se libérer de l’image standardisée de la beauté

En gros, la société a imposé l’idée selon laquelle être belle était être Barbie, blonde, grande, fine. Assez de ça. Assez d’essayer de faire rentrer toutes les femmes dans un seul moule qui serait soi-disant idéal. Selon mon humble opinion, il ne l’est pas du tout. Présenter un seul modèle de beauté à nos filles est très dommageable.

Emma Dabiri écrit : “La beauté est, comme toujours, imaginée à travers les caractéristiques d’un standard qui n’est pas conçu pour nous inclure. La seule façon dont les cheveux afro peuvent apparemment remplir les critères de beauté est de les faire ressembler à des cheveux européens – si nous nous faisons ressembler à quelque chose que nous ne sommes pas”.

As-tu remarqué ça dans le monde du travail mon amie ma soeur ? Comme si se lisser les cheveux rendait une femme plus professionnelle ? Il est temps de regarder bien en face ces mensonges.

Encore une fois, la leçon du livre Twisted peut nous faire prendre conscience de ce mouvement visant à nous changer. Ce livre est une invitation à incarner ce que nous sommes mon amie ma soeur. Grande, petite, fine, ronde.

A ce sujet, Emma Dabiri cite dans son livre l’ouvrage de Naomi Wolf “The Beauty Myth: How Images of Beauty are Used Against Women” qui a l’air passionnant.

Or se libérer de l’image standardisée de la beauté signifie aussi refuser de gober ce que l’industrie cosmétique veut nous faire croire : “Des industries entières se nourrissent de nos insécurités artificielles pour vendre des produits conçus pour interrompre notre connexion avec nous-mêmes et avec l’univers.”

3. Honorer l’Afrique

Quand je te disais que le livre Twisted parle de bien plus que de cheveux, c’est parce qu’à partir de l’histoire des coiffures pour les cheveux crépus, celle de l’Afrique se dessine. Or Emma Dabiri l’exprime clairement : “L’histoire européenne a interrompu le développement africain.”

En choisissant de s’abaisser à la cruauté et d’abandonner leur humanité en s’engageant dans la traite d’êtres humains, les européens ont choqué, blessé et appauvri le continent africian tout entier. Encore une fois, je ne souhaite pas appeler à la culpabilité mais à la responsabilité.

La responsabilité commence par s’instruire sur le sujet. Savais-tu mon amie ma soeur que contrairement à ce qu’on nous enseigne l’Afrique n’a pas que des traditions orales mais aussi écrites ? A ce sujet, voir le livre recommandé par l’auteure de Twisted : The Invention of Tradition d’Eric Hobsbawm, en français L’invention de la tradition.

Et puis ne pas être capable de voir la beauté ne signifie pas que la beauté n’existe pas. Beaucoup de colons européens n’ont pas su prendre conscience et apprécier la beauté éphémère des coiffures sophistiquées qu’ils voyaient sur les femmes africaines, tout comme ils n’ont pas compris la valeur de la transmission orale car ils l’appréhendaient à travers le prisme de leur tradition écrite.

Petite précision intéressante ici mon amie ma soeur : les premiers explorateurs européens n’avaient pas ce regard méprisant vis-à-vis des Africains car le système de pillage et de vol des ressources de l’Afrique pour faire décoller les économies européennes n’avait pas encore été mis au point. Par conséquent, le mensonge visant à renier l’humanité des Africains et rendre leur culture inférieure n’avait pas encore été inventé. Ainsi, certains explorateurs du début du 17ème siècle rapportaient avec admiration qu’ils avaient identifié plus de seize styles de coiffure différents rien qu’au Bénin (voir Pieter de Marees, 1602).

Qu’est-ce que le colonialisme ? “Le colonialisme était essentiellement la création d’une infrastructure pour faciliter et légitimer le vol de ressources aux colonies, et pour que l’Europe en fasse des profits.”

Or le système ainsi répandu repose sur l’individualisme, l’exploitation inconsciente des ressources et l’accumulation de richesse entre les mains de quelques uns. Cela rappelle les réflexions actuelles autour du système dans lequel nous vivons n’est-ce pas ? Est-ce bien de ce système dont nous avons envie mon amie ma soeur ? Ai-je vraiment envie que des enfants se tuent la santé dans des mines pour des produits de maquillage dans ma salle de bain par exemple (voir les documentaires sur le mica tels que “Mica : la face cachée de la beauté”) ?

Une grande partie du livre d’Emma Dabiri tourne autour de ces questions de société. Concrètement, comment revendiquer ses valeurs de façon vraiment intègre car porter un t-shirt défendant une noble cause sonne un peu faux quand ce t-shirt a été fabriqué par des enfants comme une bouchée de pain. Il n’existe pas de solution miracle, mais commencer par se poser les bonnes questions est urgent pour faire avancer les choses.

Il est intéressant d’apprendre, grâce au livre Twisted, que le mouvement cheveux crépus au naturel a commencé comme un rejet de la société de consommation pour évoluer vers un joli mouvement de confiance en elles des femmes noires, d’expression libérée et de mise en valeur de la beauté du cheveu crépu.

4. Reconnaître quand la science se met au service du mal

L’idée d’une soi-disante supériorité de certains peuples sur d’autres n’est pas nouvelle et a honteusement servi à justifier le racisme et l’esclavage. Plus grave encore, “(…) au dix-neuvième siècle, cela s’était transformé en “racisme scientifique”, qui a établi l’idée que des preuves scientifiques empiriques pouvaient être utilisées pour démontrer que les “Africains” étaient une espèce entièrement distincte”. 

J’ai l’impression qu’aujourd’hui on se rend compte que l’argument de la science n’est pas toujours utilisé pour le bien mon amie ma soeur. La science me semble souvent le reflet d’une époque et d’une mentalité, mais pas du tout une vérité absolue et indiscutable.

5. Trouver une alternative à un système injuste

Décidément le livre Twisted parle bien plus que de cheveux. Il illustre la façon dont la science mathématique africaine (voir les algorithmes égalitaires “egalitarian algorithms” de Ron Eglash et “Ron Eglash et les fractales africaines”) offre une alternative à la fois au capitalisme et au communisme : le concept de “generative justice” illustré par une magnifique idée : “By feeding you, I feed myself” “En te nourrissant, je me nourris moi-même”. Emma Dabiri appelle cela la “gift economy” “l’économie du cadeau”. Concepts à creuser mon amie ma soeur.

D’autant plus que “Du Bois a estimé qu’un peuple qui avait autrefois été positionné comme objet de commerce devrait avoir une conscience particulière des lacunes du capitalisme.”

Le livre Twisted nous invite à repenser notre idée du progrès, de la modernité, du succès, du développement et de la civilisation, explique son auteure Emma Dabiri.

6. Le pouvoir de la femme africaine

Avant l’esclavagisme, l’idée que la femme est inférieure à l’homme n’avait pas été exportée en Afrique. Emma Dabiri l’explique très bien dans son livre Twisted : “(…) le genre n’était pas un principe organisateur dans la culture yoruba. En conséquence, la lignée et l’ancienneté étaient bien plus importantes que la présence ou l’absence d’un vagin pour déterminer la position d’un individu dans la société.”

Revue du livre Twisted d’Emma Dabiri

La femme africaine n’a pas laissé les circonstances et les cinq siècles d’esclavage cruel ternir son âme. La femme africaine est un modèle et un exemple de créativité et de résilience pour toutes les femmes :  « La capacité de prendre ce que l’on vous donne et de le fusionner avec ce que vous avez, même dans les circonstances les plus difficiles, explique l’attrait durable de tant de formes d’expression noires« . 

Je t’encourage vraiment à lire le livre Twisted mon amie ma soeur car il serait impossible pour moi de le résumer dans un seul article et bien entendu je me concentre sur la femme africaine ici mais Emma Dabiri parle autant des hommes que des femmes.

7. Imaginer l’Afrique sans l’esclavage et réparer

Que serait-il passé en Afrique “(…) si des millions des plus actifs et des plus capables n’avaient pas été déportés par bateau, si les structures traditionnelles familiales (…) n’avaient pas été décimées (…) et si la rareté n’avait pas remplacé l’abondance” ?

Emma Dabiri plaide pour une réparation des dégâts créé par l’esclavage et ses suites.

8. Quand les Noirs rejettent les Noirs

L’auteure du livre Twisted parle du colorisme, lorsque les personnes noires à la peau foncée sont méprisées par les personnes noires à la peau plus claire. Comment expliquer ce phénomène ?

Par exemple chez les hommes : “Lorsqu’un homme noir rejette une femme pour posséder les mêmes caractéristiques que lui-même, nous savons que cela est souvent né de l’héritage de l’esclavage et du colonialisme : une toxine qui se reproduit dans l’écosystème résultant de l’infériorité noire.” Ainsi, “Le colorisme dans les communautés noires est le produit de l’esclavage et du colonialisme”.

Ce phénomène est d’autant plus douloureux qu’il est souvent nié : “L’anti-noirceur intériorisée et profondément enracinée qui existe dans les communautés noires est souvent niée.”

Or le fait de se lisser les cheveux au prix parfois de sa santé constitue une illustration de ce racisme intériorisé : “Le lissage chimique des cheveux a été considéré comme un exemple de cette tendance et l’une des manifestations les plus prononcées de l’oppression intériorisée.”

Et le mouvement black is beautiful ? “Jusqu’à très récemment, le message était fort et clair : vous pouvez être noir et beau (c’était à peu près permis), mais vous ne pouvez pas avoir des cheveux afro très crépus et être l’une des belles personnes.”

9. A propos de l’appropriation culturelle

Quand un groupe oppresseur a pendant des siècles humilié un autre groupe (par exemple les blancs rasaient souvent la tête de leurs femmes noires esclaves pour les punir), et que ce groupe se permet de copier des traditions et styles appartenant au groupe oppressé, il y a appropriation culturelle. Il s’agit d’une question de rapport de forces et de pouvoir.

Revue du livre Twisted d’Emma Dabiri

Ainsi, “Les pratiques autour de la coiffure noire sont, comme notre texture de cheveux elle-même, rejetées comme grossières, puis élevées à un statut entièrement différent lorsqu’elles sont copiées ou appropriées par les Blancs.”

Pourquoi quand l’actrice brésilienne Tais Araujo poste une photo d’elle avec les cheveux crépus au naturel elle reçoit des commentaires tels que “je ne savais pas que le zoo avait un appareil photo ?” tandis que lorsqu’une blanche copiera ce style de coiffure on dira que c’est joli ?

L’Afrique a été pillée pendant des siècles pour servir les intérêts européens. “À bien des égards, l’appropriation des coiffures noires constitue une sorte de microcosme de l’extraction continue des ressources, à la fois culturelles et physiques, des peuples africains.”

10. L’Afrofuturisme et la création d’une nouvelle réalité

J’étais choquée en lisant la description de l’Afrofuturisme par Emma Dabiri dans son livre car cela m’a fait penser à la manière dont Franck Lopvet parle des réalités parallèles, selon lesquelles mon moi présent aide mon moi passé tandis que mon moi futur m’aide aujourd’hui. L’auteure du livre Twisted parle des : “(…) systèmes de croyance spirituelle africains dans lesquels le temps est cyclique ou se répète, concepts de temps dans lesquels l’enfant à naître, les vivants et les ancêtres existent dans un cycle perpétuel de communication. C’est la base de l’Afrofuturisme, où le présent informe le passé et le futur informe le présent.”

Emma Dabiri finit par se promettre de ne plus jamais mutiler une partie d’elle-même dans le but de ressembler de près ou de loin à une image standardisée et raciste de la beauté. Elle ajoute : “Nous avons la liberté de concevoir une réalité de notre propre création, une réalité qui reconnaît notre humanité et reflète ainsi nos besoins les plus élevés.

Construisons cette nouvelle réalité ensemble mon amie ma soeur.

(1 commentaire)

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