Revue du livre La promesse des enfants meurtris

Revue du livre La promesse des enfants meurtris

Comme annoncé sur Tik Tok, voici ma revue du livre très important d’un homme que j’admire plus que tout, Monsieur Jean-Paul Mugnier auteur du livre La promesse des enfants meurtris.

1. Qu’est-ce qu’un lien d’attachement sain ?

Le lien d’attachement entre un enfant et la personne chargé de prendre soin de lui repose sur une promesse, implicite ou explicite : celle de pouvoir compter sur l’adulte en charge de lui. Jean-Paul Mugnier décrit dans son livre La promesse des enfants meurtris “(…) la promesse à la base de tout lien d’attachement : “Quoi qu’il arrive, tu peux toujours compter sur moi !” Le respect de cette promesse tacite liant l’adulte à l’enfant fera progressivement de celui-ci un être comptable de ses actes et donc capable de devenir à son tour quelqu’un sur qui l’on peut compter”.

Revue du livre La promesse des enfants meurtris

2. Lorsque la promesse devient une stratégie d’existence

Devant l’inadmissible, l’enfant crée une promesse, une promesse de lui à lui. Or cette promesse est indispensable à sa survie, elle devient la seule possibilité de se respecter lui-même, de ne pas se dégoûter ou se détester.

En effet, parlant des victimes Jean-Paul Mugnier écrit : “(…) la perte d’estime de soi qu’auraient pu entraîner les violences dont elles avaient été victimes, devait être surmontée par le respect de cette promesse, stratégie d’existence leur permettant de continuer de se respecter elles-mêmes. Sinon, le risque aurait été pour chacune de s’attribuer la responsabilité du crime subi en recherchant en elles ce qui avait pu déclencher pareille violence chez leur agresseur”.

Ainsi, une victime dira “Plutôt mourir que de ressembler un jour à mon père ou à ma mère !”, “Quels que soient les choix que je ferai dans l’existence, jamais je ne donnerai raison à mon père/ma mère” ou “Je serai un parent protecteur, jamais je n’imposerai à mes enfants les souffrances que mes parents m’ont fait subir !”.

Cette promesse raccroche la victime à la vie et “la détermination, voisine parfois de la rage, à faire en sorte que la promesse soit tenue, est fréquemment plus grande chez les femmes que chez les hommes” explique l’auteur du livre La promesse des enfants meurtris.

3. La peur de devenir bourreau

La raison d’être de cette revue est liée à au commentaire d’un homme, Lofti, à propos de ma revue du livre Parents toxiques qui m’a touchée : “C’est un peu tard mais enfin j’ai pu lire ce merveilleux livre. Il m’a vraiment ouvert les yeux sur plusieurs situations vécues dans mon enfance… que je n’ai jamais remis en question car je croyais que c’était comme ça l’éducation… En plus de ça, je suis un jeune  père et je dois vraiment faire l’impossible pour changer toutes mes habitudes, ma façon de communiquer, et surtout mes réactions car je suis très nerveux. Merci Claire pour cette belle vidéo.

Je repense également à un livre (en anglais) que j’ai lu il y a plus de dix ans et qui m’a marquée (je n’arrive pas à retrouver le titre pourtant). Il s’agissait d’une histoire qui doit être assez ordinaire en réalité, d’un homme battu par son père dans son enfance et qui fait tout pour briser le cercle infernal. Quand sa femme met au monde leur enfant, il se pose plein de questions, il est accablé de doutes et de peurs. Il fait des efforts pour maîtriser sa colère et tenir sa promesse : ne pas faire endurer à son fils ce que lui-même a enduré petit garçon.

Jean-Paul Mugnier écrit dans le livre La promesse des enfants meurtris : “Se sentir victime n’exclut pas de devenir bourreau. Il nous est arrivé de rencontrer des adolescents soulagés de découvrir, même tardivement, que celui qui leur avait été présenté comme leur père n’était pas leur géniteur. Ils avaient ainsi, selon eux, plus de chances de ne pas lui ressembler. Cette peur s’observe bien sûr plus fréquemment dans les situations de violences et chez les garçons victimes d’agressions sexuelles qui redoutent de passer à leur tour à l’acte sur des enfants, éventuellement les leurs.”

4. Briser la promesse à cause de la victime ?

Un renversement des rôles particulièrement malsain s’opère lorsque la personne n’a pas été capable de tenir sa promesse. Concrètement, elle est devenue un bourreau à son tour. Or elle va parfois se mettre à accuser sa propre victime. Comme si la faute du bourreau incombait à la victime.

Prenons l’exemple de la promesse suivante : “Je serai un parent protecteur”. La promesse des enfants meurtris illustre clairement ce cas : “Se promettre d’être un parent protecteur revient dans le même temps à tout mettre en oeuvre pour ne pas ressembler au parent qui vous a maltraité, ou qui n’a pas su/pu vous protéger. Et, bien souvent, si la promesse n’est pas tenue c’est l’enfant lui-même et/ou le conjoint qui en sont jugés responsables”.

Revue du livre La promesse des enfants meurtris

Il faut avoir le coeur bien accroché pour lire les exemples de cas cités dans La promesse des enfants meurtris lorsque le parent maltraitant accuse son enfant d’en être à l’origine. Je souhaite insister sur ce point mon amie ma soeur, car l’enfant a naturellement tendance à penser que si quelque chose de mal arrive, c’est de sa faute. Si c’est ton cas, je t’en supplie, ajoute une énorme dose de compassion à ton coeur pour la petite fille que tu étais. Se sentir coupable et avoir un parent maltraitant qui t’accuse : c’est la pire situation. Tu es en vie aujourd’hui et ce genre de livres peut t’aider à comprendre le mal que l’on t’a fait et pour lequel tu n’es en rien responsable pour la simple raison que tu étais une enfant et qu’il incombait à l’adulte de te protéger de la souffrance, pas de t’en infliger.

5. Pourquoi l’empathie disparaît

Revue du livre La promesse des enfants meurtris

On peut parfois s’interroger sur les personnes qui semblent ne plus avoir d’empathie, attribut pourtant tellement humain. Le cycle est le suivant : de l’humiliation vécue dans l’enfance naît la colère, laquelle mène à l’absence d’empathie comme stratégie de survie, puis à son pendant qui est l’interprétation de tout événement comme une menace.

Voici la façon dont Jean-Paul Mugnier décrit ce phénomène dans La promesse des enfants meurtris : “Etranger à lui-même et à l’autre, il peut sombrer dans l’indifférence. Le manque d’empathie dont il a été la victime peut l’entraîner à n’en plus avoir pour quiconque.” Jean-Paul Mugnier continue : “Stratégie de survie, il constituera à reporter sur un autre plus ou moins proche, une victime innocente, la colère née du désespoir que l’humiliation a fait naître”.

En conséquence, le livre La promesse des enfants meurtris permet de vraiment mesurer l’importance de l’estime de soi. Que se passe-t-il le cas échéant ? “Comme certains enfants ou adolescents l’expliquent, se sentant pourris par la violence, ils sont persuadés d’être sur terre pour pourrir l’humanité toute entière”.

6. D’abord donner un sens à sa vie

Revue du livre La promesse des enfants meurtris

Ne culpabilisons pas s’il nous a fallu beaucoup de temps avant de parler de ce qui est arrivé mon amie ma soeur. Parfois, ce long silence constitue encore une fois une stratégie de survie.

Jean-Paul Mugnier explique : “(…) un grand nombre de victimes de sévices sexuels ne peuvent se confier qu’à l’âge de quarante ou cinquante ans. Elles ont besoin pour le dire, d’avoir donné un sens à leur existence, d’avoir construit une famille, etc. Elles pourraient craindre sinon d’être identifiées au dommage subi et que celui-ci devienne fondateur de leur identité”.

7. Le mal ne vient pas de toi

Aujourd’hui avec ton regard d’adulte, tu sais bien que le mal ne vient pas de toi. Et pourtant, cette pensée a pu s’inscrire dans ton inconscient à un âge auquel il aurait été impossible de le réaliser.

En outre, il est capital de comprendre que tu n’es pas seule (c’est un peu la raison d’être de mon travail). L’absence de sentiment d’unicité fait souffrir. Dans La promesse des enfants meurtris, l’auteur explique : “Si la honte lui faisait courir le risque de se couper du monde, la reconnaissance de sa souffrance au contraire la reliait à l’humanité. Reconnue, il lui devenait possible enfin de se reconnaître à nouveau”.

Enfin, la reconnaissance de la souffrance constitue une étape vers un autre futur : “Il lui fallait reconnaître son histoire pour passer à autre chose”.

Quelle est l’alternative ? Que se passe-t-il quand on passe la souffrance sous silence ? “Cette perte d’estime de soi aboutit fréquemment à la même conclusion : douter de la légitimité de son existence”.

8. Peut-on pardonner l’impardonnable ?

Avant tout, mon amie Randa a publié une vidéo très intéressante sur le sujet du pardon : “Série Familles Toxiques EP3 | Faut-il pardonner ?”.

Revue du livre La promesse des enfants meurtris

Dans le livre La promesse des enfants meurtris, Jean-Paul Mugnier pose la question suivante : “Demander pardon et pardonner sont-ils des actes facteurs de résilience pour celui qui demande le pardon ou celui qui l’accorde ?

En premier lieu, “Reconnaître la faute n’entraîne pas qu’elle soit pardonnée. D’ailleurs reconnaître la faute pour placer l’autre dans l’obligation de pardonner conduirait à douter de la sincérité de la reconnaissance. De même reconnaître la faute n’est pas demander pardon. Un père qui avait abusé ses trois enfants et qui avait reconnu les faits m’avait à ce propos expliqué : Comment pourrais-je leur demander pardon pour ce que j’ai fait alors que je ne me le pardonne pas à moi-même.

En second lieu, “le temps de la compréhension et le temps du pardon ne sont pas les mêmes”.

Le sujet du pardon est tellement vaste et chacune se fera son opinion. Les “il faut” ne sont pas de mise ici. Seules les questions peuvent aider à éclaircir les choses. Ainsi, “le pardon à soi-même est-il possible en l’absence du pardon (reçu ou accordé) de l’autre ?”.

9. Comprendre le mal ?

Peut-être qu’un jour tu ressentiras le besoin d’essayer de comprendre le mal. Comment est-il possible qu’un être humain fasse autant de mal à un autre ? Jean-Paul Mugnier cite le livre d’Eva Thomas, fondatrice de SOS Inceste : Le viol du silence. Peut-être qu’il pourra t’intéresser mon amie ma soeur.

Se documenter, lire, explorer ces pistes ne permettra peut-être pas de vraiment nous mettre à la place du bourreau, mais au moins d’éclaircir l’incompréhensible volonté de faire le mal du bourreau.

Le besoin de comprendre les raisons qui ont poussé l’auteur de l’offense à commettre son acte est essentiel pour lutter contre ce sentiment de stupidité d’une part et contre le risque de faire subir à autrui le mal dont on a été victime”.

Je le répète : comprendre n’est en aucun cas excuser ni minimiser. Si tu comprends l’anglais, Teal Swan a publié une vidéo sur les raisons qui poussent un être humain à devenir pédophile : “Pedophilia – Teal Swan-”. Je comprends d’où vient l’abomination des actes, mais je n’excuse pas. Chacun est entièrement responsable de ses actes.

10. De l’importance de reconnaître la souffrance pour ne pas la répéter

L’inceste et les violences en général constituent une atteinte à l’humanité même de la victime, comme si elle n’existait pas en tant que personne, comme si elle n’était qu’un objet : “L’humiliation, les violences physiques, les agressions sexuelles et plus que tout autre, le viol incestueux, portent atteinte à l’humanité qui habite chacun de nous. “Il m’a tué !” disent souvent les victimes”.

Alors pour ne pas mourir de l’offense, reconnaissons la souffrance vécue. Mettons des mots sur le mal absolu. Ne restons pas dans le déni et le silence qui emprisonnent les victimes.

Quel est le danger de l’absence de reconnaissance de la souffrance ? Jean-Paul Mugnier, dans son livre La promesse des enfants meurtris écrit : “Vouloir que la victime pardonne trop vite ou trop tôt, lui ferait en réalité courir le risque de la méconnaissance du mal subi synonyme de déni, de minimisation ou de banalisation, processus qui fait courir le risque de la répétition : “Si je ne souffre pas du mal que l’on me fait, l’autre à qui je l’impose à mon tour n’a aucune raison d’en souffrir”.

Les répercussions du silence concernent donc autant le victime que d’autres personnes innocentes, victimes potentielles si le mal n’est pas dit.

Conclusion de la revue du livre La promesse des enfants meurtris

Pour conclure la revue du  livre La promesse des enfants meurtris, je voudrais réitérer mon invitation à prendre soin de toi, à cajoler ton enfant intérieur, à marcher pas à pas sur le chemin de la renaissance. Renaître à la vie en ouvrant les yeux sur ce qui s’est passé, pour persuader la petite fille en toi que ce n’a jamais été de ta faute. Je fais partie des personnes qui pensent que la victime n’a pas à obtempérer à des injonctions de pardonner. Il s’agit du “(…) droit de la victime pour survivre au traumatisme de ne pas pardonner car tout simplement, cette histoire n’aurait pas dû être”. Cette histoire n’aurait pas dû être.